Ce que l’on fait de l’espace

Présentation de Laurence Boissier par Miguel Moura lors de la soirée Tulalu!? du lundi 13 novembre au Cinéma Bellevaux à Lausanne.

J’ai rendez-vous avec Laurence Boissier. Elle rentre dans le café, se présente et s’installe. Je la rencontre à Genève, sa ville. Je la rassure, ce n’est pas uninterrogatoire mais une simple discussion. J’ai envie de la connaître pour la présenter autrement qu’en énumérant les points d’un CV. Elle me montre les photos qui me serviront à la présenter.

Nous parlons de l’enjeu de son livre Rentrée des classes :

– L’enjeu est vaste, me dit-elle, très vaste. C’est la vie… Ce que l’on fait de l’espace, comment on gère les sentiments, le vide après une disparition.

Je note, j’aime bien… de nouvelles images viennent s’incruster dans mon imaginaire après la lecture de son livre.

Et vient sa collection de livres d’artistes :

– Aux Beaux-arts je faisais des livres d’artistes, ils sont dedans. Mais on ne les voit pas car ils sont tout fins, on ne voit rien et c’est ça qui est intéressant. Normalement les gens montrent leur bibliothèque et puis on voit les titres, ce qu’ils ont lu… pas ici. Pour moi ce sont des souvenirs importants, quant avec la Haute école d’Art je participais à des foires de livres d’artistes… c’était de toutes petites foires. J’y allais avec mes livres que j’avais fabriqués et écris pour les présenter. C’est avec ces petits bouquins que j’ai commencé à écrire, l’objet est également important. D’ailleurs tout est important dans un livre d’artiste. Ça donne des objets sympathiques qu’on a envie de garder toujours, des objets particuliers auxquels on s’attache.

Je l’écoute avec une soudaine envie d’aller en feuilleter.

Laurence continue en me parlant de sa passion pour les récits préhistoriques. Par exemple, la première bête qui est sortie de l’eau. Le concept de sortir de l’eau la fascine et d’ailleurs, me dit-elle, ce concept est très présent dans son écriture.

Sa vie maintenant… son travail, c’est l’histoire d’un soulèvement. Où comment les Alpes se sont soulevées… quelles bêtes on y trouvait. Et pendant leur soulèvement elle d’écrit une randonnée géologique, leur histoire. Les Alpes l’attirent car pour Laurence elles ne sont pas là par hasard. Les Alpes sont là parce qu’on a quelque chose à comprendre.

Voila qui est très énigmatique.

Laurence me montre une photo. Elle est sur scène avec le collectif Bern ist überall. Une photo prise le soir d’avant, pendant les répétitions à l’Arsenic. A ma question, quelle place cela prend dans votre vie ? Elle me répond : – C’est énorme !

Et puis continue, et m’explique comment le Prix Studer/Ganz a tout déclenché, ses deux week-ends à Romainmôtier pour un atelier d’écriture avec Noëlle Reva et Antoine Jaccod. C’est à ce moment qu’Antoine l’a invitée à participer au collectif Bern ist überall, – J’aime beaucoup, conclue-t-elle.

La photo suivante, Un pied hors du lit, a été prise justement durant une tournée dans les Balkans au Kosovo, avec le collectif. Une tournée initiée par Antoine Jaccod.

Ensuite il y a Michel Vaillant, sa fille qui lit une de ses BD. Qui les a toutes lues. Comme Laurence à son âge. Michel Vaillant et ses histoires de courses de voitures, et ses dessins, occupent chez Laurence une place importante.

Et puis il y a aussi, Eeyore, qui est le doudou de l’histoire et également celui de son enfance. Il est resté avec Laurence jusqu’à aujourd’hui et restera avec elle, toujours.

Nous sortons, je découvre le décor de son existence et du roman « Rentrée des classes » à Genève.

Et pour finir, je lui demande de me décrire son quotidien :

– Le matin, j’écris au bistro et l’après-midi je transcris ce que j’ai écris sur mon cahier à mon ordinateur. C’est comme les ateliers d’écriture, j’en faisais beaucoup au début et justement ça permettait de déclencher le travail. Au bistro, c’est mon mini atelier d’écriture. Il y a un mot qui vient, que j’écris, puis l’inconscient fait son travail.

Miguel Moura