Laurence Boissier, invitée de Tulalu!?, au cinéma Bellevaux, à Lausanne

Avant-hier soir, l’association littéraire Tulalu!? a reçu Laurence Boissier au Bellevaux, à Lausanne. Je venais d’une autre salle obscure, le Bourg, sis également à Lausanne, où venait d’être remis le Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Pierre Voélin … D’un événement littéraire l’autre…

Et là, au Bellevaux, surprise, Miguel Moura, le fondateur de Tulalu!?, en introduction, fait de l’invitée une présentation originale, à partir de sa rencontre avec elle à Genève, sa ville, et à partir de photos, qui sont projetées sur grand écran et qu’il commente avec beaucoup de finesse et de sensibilité.

Miguel Moura

Miguel Moura

En quelques instantanés il donne des aperçus de Laurence Boissier qui ne sont pas des raccourcis puisqu’ils ouvrent sur son imaginaire:

– Les livres d’artistes qu’elle fabrique elle-même et par lesquels elle a commencé à écrire

– La performance où elle est sur scène avec le collectif Bern ist überall (elle choisit les mots qui percutent en les prononçant à la manière d’un Suisse allemand, qui met l’accent tonique sur la première syllabe…)

– Un pied hors du lit lors d’une tournée avec ce collectif dans les Balkans

– Sa fille plongée dans la lecture d’une BD de Michel Vaillant

– Eeyore, son doudou dont elle ne se sépare jamais depuis l’enfance

Laurence Boissier

Laurence Boissier

Ce qui frappe tout de suite chez Laurence Boissier, c’est sa faculté d’émerveillement devant les choses, son sourire, son humour tout britannique, qui lui viendrait de sa mère galloise. Son enthousiasme est communicatif et l’assistance ne peut qu’être conquise par la gentillesse qui émane d’elle…

Dans les ateliers d’écriture, par exemple, qu’elle affectionne particulièrement, cette faculté lui permet de partir de peu de choses pour arriver à beaucoup, que ce soit des idées, des images, des rapprochements improbables. Elle a ainsi une grande dilection pour les phrases qui n’en finissent pas…

Laurence Boissier n’a pas besoin de se mettre en condition pour écrire, pour se mettre en route. La page blanche? Connais pas. À partir du moment où elle écrit, elle déroule. Bien qu’elle ne soit pas une grande yogi, elle a appris du yoga qu’il y a de nombreux développements possibles à partir d’une seule posture…

Pierre Fankhauser

Pierre Fankhauser

Pierre Fankhauser, l’animateur de Tulalu!?, la taquine: depuis le début de l’entretien, il essaie de la faire parler de Mathilde, l’héroïne de son roman Rentrée des classes.  Peine perdue. Elle parle d’elle, sans vantardise. Sans doute parce que les grandes lignes de son récit sont autobiographiques si les méandres en sont imaginaires.

Sa mère galloise lui a également transmis son goût britannique pour les choses étranges: elle passe allègrement du réel au fantastique. Ainsi, dans son roman, fait-elle très naturellement appel au Monde de Narnia ou donne le diminutif de Gy à un personnage parce qu’il lui fait penser au dragon Jabberwocky dessiné par Lewis Caroll.

Delphine Horst

Delphine Horst

Les passages lus avec profondeur par Delphine Horst confirment les propos que tient Laurence Boissier sur sa vision personnelle du monde. Ils montrent qu’elle s’intéresse aussi bien aux petits détails qu’aux grandes perspectives, qu’elle est aussi à l’aise dans la contemplation que dans le mouvement, surtout s’il est impulsé par le vent…

Ce passage, particulièrement, est explicite:

– Je crois que j’ai trouvé ce que c’est, le principal dans la vie.

– On avait dit que ce n’était ni la santé, ni d’avoir été en vie, se rappelle Chiara. Il ne restait pas grand-chose, à vrai dire.

  Mathilde lève son visage vers elle.

– Si, je crois que je sais. Le principal, c’est de participer à l’univers.

Et l’univers, pour Laurence Boissier, est élastique. Il peut s’étendre ou se réduire. Il épouse tous les contours et se conforment aux êtres et aux choses. C’est pourquoi elle le compare à un chewing-gum… Les molécules qui constituent notre corps ne retournent-elles pas au tout quand nous mourrons?

Francis Richard

Vous pouvez retrouver le texte original sur le blog de Francis Richard.