Romain Buffat, invité de Tulalu!?, au Cinéma Bellevaux, à Lausanne

Merci à Francis Richard pour son compte rendu de notre rencontre avec Romain Buffat! Vous pouvez retrouver l’article original ici.

Hier soir, Tulalu!? recevait Romain Buffat au Cinéma Bellevaux, à Lausanne. D’entrée, Pierre Fankhauser demande à l’invité comment lui est venue l’idée de Schumacher, son premier roman, écrit il y a cinq ans et publié l’an passé.

Contrairement à ce qui se raconte, cette idée ne lui pas venue tout soudain en prenant un verre dans un bistro. Elle ne lui a pas non plus été imposée par Michel Layazson mentor à l’Institut Littéraire. En fait ce roman est le fruit de ses obsessions: les États-Unis, les origines et l’expérience littéraire.

Si Romain Buffat situe son roman à la fin des années 1950, c’est pour parler de cette révolution qu’ont apportée les Américains à l’Europe à cette époque-là, avec le rock’n’roll, le toaster, le frigo ou le bowling. Comment ne pas être fasciné par l’american way of life qu’a connue la génération d’alors?

Qui est John Schumacher, son héros? De lui, on ne sait rien et c’est justement ce qui est intéressant. Partir de rien, ou presque, échafauder des hypothèses, spéculer sur ce personnage et faire, à l’instar de Pierre Michon, d’une vie minuscule un récit majuscule, c’est une véritable aventure et une gageure.

L’expérience littéraire, c’est expérimenter l’écriture dans ses variations (l’auteur pense à Georges Pérec): imposer par exemple une vision au lecteur avec l’emploi de la première personne et du passé simple ou, au contraire, laisser libre cours à l’imagination de celui-ci en lui donnant juste une direction.

Il ne faut pas déduire de ces considérations intellectuelles que Schumacher est un roman cérébral. Certes il l’est, un peu… Mais il y a aussi une intrigue. Par exemple, l’identité du narrateur n’est révélée qu’à la page 82. Par le fond et par la forme, il y en a donc pour tous les goûts et couleurs de lecteurs.

L’histoire est en partie autobiographique (quel roman ne l’est pas?), mais cela n’a d’importance que pour l’auteur. Comme il le dit, raconter son histoire aurait pu prendre la forme d’un exécutoire à ses ressentiments, mais il a fait un pas de côté pour mettre de la distance entre lui et son narrateur.

Ce narrateur qui ne se dévoile que tardivement est en fait bienveillant, même si, de temps en temps, des traits d’ironie lui échappent, mais c’est pour la bonne cause, celle de soutenir jusqu’au bout l’intérêt du lecteur, qui n’est donc pas volé, et pour rompre une monotonie qui pourrait menacer.

Lire ce roman fragile, puisque les éléments de départ sont ténus, est un bonheur de lecture, parce que l’écriture est soignée, fluide. Cela suppose un travail exigeant de retouches et de polissages… qui ne se voit pas. Romain Buffat remercie d’ailleurs ses éditeurs pour leurs réductions à l’essentiel… 

Ce récit confirme que l’on ne maîtrise jamais complètement son destin et que l’on doit faire face à des abandons, à des amours déçues. Mais cela ne doit pas pour autant empêcher de rêver, d’imaginer tous les possibles et l’expérience littéraire, justement le permet de manière paradoxale:

Pouvoirs et impuissance de la fiction

Francis Richard