Un poids lourd de la vie culturelle romande

Pascal Rebetez est depuis pas mal d’années accaparé par les textes des autres. Il est aujourd’hui l’invité de TULALU!? comme auteur, mais également comme éditeur…

Et oui, c’est de l’auto-édition… mais réalisée par un éditeur qui ne s’est pas ménagé pour autant, demandant la sévérité la plus stricte à des lecteurs, des écrivains de renom, qui se sont prêtés au jeu et qui ont accompli pour ce livre un vrai travail d’édition. Il m’avoue que comme auteur, il aurait assez envie de se faire éditer aux éditions d’autre part. Alors, pourquoi s’en priver ?

Il a créé cette maison d’édition pour publier des textes qui lui plaisent. Avec sa femme, ils forment un couple assez banal. Mais il y a cette manière de travailler ensemble, se posant des questions liées au texte, au projet quasi constamment. Il y a une intrication très étroite entre leur vie amicale, amoureuse, les éditions et les livres qu’ils publient. C’est un beau pari et une belle chose à vivre que de laisser derrière eux des livres comme des cailloux sur la route.

Le livre, cet objet de plaisir, reste une très grande satisfaction. Mais qui intègre trop vite le patrimoine.

Puis il y a ces livres qui font leur fierté, qui ne sont pas évidents à imposer, pour lesquels ils se sont battus avec obstination, parce qu’ils devaient tout simplement exister.

Pascal Rebetez ne se sent pas légitime en tant qu’auteur, car il fait des livres de cas en cas. Son œuvre n’a pas été pensée au départ pour être rassemblée en douze volumes telle une comédie humaine… C’est assez disparate, non réfléchi dans son ensemble, ce qui lui procure en contrepartie une grande liberté. Son écriture est parfois nombriliste, mais toujours généreuse pour pouvoir parler à d’autres nombrils!

Il pratique l’écriture depuis toujours, depuis ses 12 ans, quand il comprit le principe des alexandrins, et en écrivit pour épater ses copines et ses copains d’école. Il écrit et de temps en temps publie un livre. Parfois, un sujet l’accroche et se développe, ça lui permet de manière inconsciente de mettre les choses en place dans sa propre tête. C’est son essoreuse, sa machine à laver !

Il a une certaine manière d’être sincère, à synthétiser les choses, à fixer les portraits. Et ce qu’il a appris à la télévision à savoir, monter, découper, raconter avec assez d’humanité pour s’intéresser à d’autres gens à d’autres parcours de vie.  Il a une fibre sociale, voire socialiste et anarchisante, qui lui reste de ses 17 ans.

17 ans en 1972 – l’année de la photo de son père ici projetée. L’année des confrontations quand il prend comme modèle le Che et sa mythologie de révolte et de conquête qui guida ses premiers pas de jeune homme. Le Che ici photographié par René Burri qui lui dédicaça la photo. Son père, encore cet autre modèle plus tardif peut-être, un être modeste et honnête homme, qui fait écho peut-être à cette autre image de Saint-François d’Assise, une image pieuse, de la philosophie du peu, qui décortiquée de sa religiosité représente pour Pascal une voie qu’il s’efforce de suivre.

Et sur son chemin, des rencontres, des portraits, des hommages à d’autres êtres insignifiants, voire invisibles, comme ici Jean, un des trois barbus de la confrérie des barbus de la Gruyère présents dans son ouvrage Les prochains. Sa quête, son attention envers les destins cabossés l’ont amené à écrire une pièce de théâtre inspirée par cette autre image de gravure, d’incantations écrites sur un plancher en bois, recouvrant un cadavre, caché aux yeux du monde.

Pascal Rebetez est, hors considérations morphologiques, un poids lourd de la vie culturelle romande par son travail et ses engagements que nous sommes très heureux d’accueillir ce soir!