Comme un deuxième souffle

L’écriture pour Marianne Brun c’est comme un deuxième souffle – un instinct monde – l’intuition qu’il y a quelque chose de caché, quelque chose qu’elle cherche à retrouver, puis à révéler aux autres et à soi.

Elle avait envie d’écrire, mais était écrasée par ses modèles et ne s’est pas octroyé le droit d’écrire, face à des modèles aussi puissants. D’un autre côté, il fallait trouver financièrement un moyen de vivre en écrivant et en sachant que quand on est auteur, romancier, on ne gagne rien ou pas grand-chose. Elle se tourne alors vers l’écriture pour le cinéma où elle apprend la dramaturgie, à bâtir des personnages, à façonner des histoires, des récits. Elle avait besoin de ça pour être en confiance vis-à-vis de ses modèles. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle a l’impression d’avoir fini son apprentissage.

Le cinéma c’est l’action, avec des copains qui ferment la place de la Bastille toute une nuit à Paris pour fabriquer un court-métrage. Pour quelqu’un qui très tôt fut confronté à la solitude et contrairement à ce que lui proposait l’édition à cette époque, elle était entourée de gens qui fabriquaient des récits, des images, et qui avaient besoin d’elle dans leur équipe, avec la promesse d’une rémunération… Elle pouvait gagner sa vie en écrivant.

Elle s’est donc orientée naturellement vers une formation dans le cinéma et surtout l’écriture de scénarios au Conservatoire européen de l’écriture audiovisuelle. Nous sommes au début des années 2000.

L’écriture des romans, c’est ce qui est arrivé en dernier. Marianne Brun est l’autrice de trois livres : L’accident, L’état des choses, et Fondre.

C’est à chaque fois une exploration, un phrasé, un angle de vue, un certain type de personnages et des problématiques qui résonnent avec l’intime. Avec L’accident,c’est l’incapacité d’une femme à tenir son rôle de mère et avec L’état des choses,l’incapacité d’un enfant à s’adapter à un monde qui change trop vite et où il doit sans cesse faire avec.

Ses textes sont des mélos, des mélodrames, un mélange de rencontres, qui se font ou pas, de projets avortés, d’opportunités ratées. Marianne Brun aime prendre ses lecteurs par le biais de leurs émotions et les remuer à intérieur.

En 2012, elle apprend l’existence de Samia, une sportive somalienne morte en Méditerranée en essayant de rejoindre un coach en Italie pour se préparer pour les Jeux olympiques de Londres.

Il y a dans cette histoire la notion de vocation, de force supérieure qui pousse en avant, comme pour un écrivain, un musicien ou une infirmière. Une sorte de mission divine qui doit être réalisée. Et pour Samia, c’était la course. Son parcours hors des stades, son désir inconditionnel de courir valent à eux seuls toutes les médailles du monde. C’est un destin hors normes et bouleversant, c’est du courage à l’état brut.

Ce qui permet à notre invitée de ce soir de mettre en avant l’existentialisme de Camus qui ne dit pas que l’enfer c’est les autres, mais qu’il est en nous sous forme de contradictions intérieures, qui nous empêchent.

Miguel Moura