Compte-rendu de la soirée théâtre au Lapin Vert

Compte-rendu de Sylvie Blondel, membre du comité de l’Association Tulalu !?

La Société de Belles-Lettres accueille les associations Tulalu !? et Poudre d’âmes qui ont lancé un concours de piécettes de théâtre en mai dernier autour du thème : « Petites misères en Suisse romande ». L’Association des Autrices et Auteurs de Suisse (AdS) a offert son soutien en allouant le reste du fonds des feu écrivains associés de théâtre (eat-ch) pour le financement de cette soirée.

Jolanda Herradi et Yves Robert, de la Société Suisse des auteurs, sont présents ce soir.

Quatre lauréats ont été retenus pour une mise en lecture par des comédiens professionnels et une publication dans un numéro spécial du Persil et deux lauréats pour la publication seulement.

Il s’agit de :

  • Le piège à guêpes de Guy Chevalley
  • Chienne de vie de Giancarlo Copetti
  • Consensus d’Adrienne Bovet
  • Agence 4 d’Alexandre Friederich

Dans ce numéro du Persil, édité par Marius Popescu, figurent également les piécettes :

  • Big boss de Natacha Astuto
  • La salle d’attente de Marie-Claire Daul

Le jury de ce concours  est composé d’Emmanuelle Ricci, Anne-Frédérique Rochat et Joseph Voeffray

Les comédiens :

  • Sofia Verdon
  • Laurence Morisot
  • Simon Romang
  • René-Claude Emery

Après la pause, Carole Dubuis et Sylvie Blondel ouvrent le débat.

Y participent :

  • Nadège Reveillon, auteure de théâtre et éditrice chez Kazalma
  • Olivier Chiacchiari, auteur de théâtre
  • Olivier Kaiser, metteur en scène et directeur du Théâtre du Saule Rieur

Le débat porte tout d’abord sur a place de l’auteur de théâtre en Suisse romande. En préparant ce concours, nous souhaitions valoriser les auteurs de théâtre, mais nous ne nous doutions pas qu’autant de questions allaient naître autour du théâtre suisse romand.

Un excellent article a été écrit dans le Courrier du 25 janvier par Anne Pitteloup. C’est dire que c’est d’actualité.

Olivier Chiacchiari fait un tour d’horizon et constate que le système de soutien culturel, qui dépend des cantons et des villes, peut représenter un obstacle car il n’y a pas de partenariat entre eux. De plus, la Suisse romande est particulièrement isolée car ses écrivains sont fort peu connus en France et en Suisse alémanique. Il en va tout autrement des auteurs dramatiques suisses allemands qui sont bien connus en Allemagne et souvent traduits en français. C’est donc paradoxal que les auteurs de langue française de Suisse romande soient si mal connus à l’étranger.

Cependant la situation n’est pas si catastrophique. Il rappelle que « Le Parloir romand » organisait des mises en lecture dans tous les cantons pour faire découvrir les textes. Aujourd’hui, il existe également « Textes en scène » qui contribue à les faire connaître.

Cyril Kaiser dit que ce sont les rencontres, les liens d’amitié qui permettent de dépasser les frontières cantonales.

Olivier Chiacchiari assure qu’il y a assez de financement, le problème est plutôt d’être joué, tant que le texte n’est pas mis en scène, il n’est pas abouti.

Nadège Reveillon déplore que les metteurs en scène soient un peu réticents à découvrir de nouveaux textes. Elle souhaite une mise à l’épreuve de ses pièces pour progresser. La meilleure des solutions est encore une bourse de compagnonnage avec un metteur en scène.

Olivier renchérit et précise qu’il y a parfois concurrence entre le metteur en scène, qui jouit d’un grand pouvoir, et l’auteur, qui passe au second plan. Il déplore également qu’on joue plus volontiers les classiques ou les auteurs morts, comme si personne ne voulait prendre le risque de faire découvrir un auteur contemporain.

M. Voeffrey témoigne de sa propre expérience : il a voulu monter un texte de Jacques Probst, mais on lui a refusé tout soutien financier alors qu’il peut sans problème proposer des auteurs belges ou français. Selon lui, il n’y a pas de conflit entre auteur et metteur en scène, mais si les auteurs ont des liens avec le milieu théâtral, la collaboration en est facilitée.

Un membre de l’Ajar (Association des jeunes auteurs romands) présente le cas de la Manufacture qui choisit des textes d’auteurs romands pour les faire travailler aux élèves.

Romain Miceli s’indigne que l’on nomme partout, en Suisse romande, des directeurs de théâtre français – certes de grand talent – ainsi que l’on engage du personnel technique français. Tout reste à faire pour que les acteurs (au sens large du terme) du paysage théâtral romand renforcent leurs réseaux et apprennent à se faire confiance et à travailler ensemble.

Au niveau de la SSA, quelles aides existent ? Le prix d’aide à l’écriture théâtrale a été supprimé l’an dernier. D’autres bourses l’ont remplacé, affirme Jolanda Herradi. Elle explique que le prix SSA avait été fondé pour faire la promotion des auteurs, mais qu’aujourd’hui les besoins sont différents. Il faut créer un réseau européen pour le théâtre contemporain. Yves Robert complète : les auteurs retenus bénéficient d’une aide à la création, un véritable salaire, pour réaliser leurs projets. Il y en a quinze par année, ce qui est appréciable. Les théâtres s’engagent à monter ces pièces, ce qui favorise les rencontres entre intervenants.

On se demande si c’est ringard qu’un auteur écrive seul à sa table de travail. C’est plutôt l’écriture de plateau qui prime aujourd’hui.

Néanmoins, s’il existe de nombreuses possibilités de mises en lecture, y compris au Centre culturel suisse de Paris, il n’y a pas beaucoup de suivi. C’est une découverte, merci bien, mais les auteurs ne sont pas joués.

On conclut cette soirée par la volonté de travailler davantage à ce réseautage : les auteurs doivent aller à la rencontre des metteurs en scène et s’impliquer dans les projets qu’ils proposent.

On ne sombre pas dans le fatalisme, comme le précise Olivier Chiacchiari, le but est de poser un diagnostic et de discuter des solutions à trouver pour valoriser davantage les auteurs locaux. Il est temps de laisser nos complexes derrière nous et de préparer l’avenir.