Marc Agron, invité de Tulalu!?, au cinéma Bellevaux, à Lausanne

Merci à Francis Richard pour son compte-rendu de notre rencontre avec Marc Agron. Vous pouvez retrouver l’article original sur son blog.

Hier soir, l’association littéraire Tulalu!? recevait Marc Agron, au Bellevaux, à Lausanne. C’était en quelque sorte une rencontre au sommet de polymathes.

L’hôte des lieux, Gwenaël Grosfeld, dirige le Bellevaux, y tient le bar, y règle le son et les lumières, y prépare de l’eau pour les intervenants, y prend les photos, que sais-je encore.

Marc Agron est libraire et galeriste à Lausanne, à l’enseigne de l’Univers, il est écrivain depuis un bon moment, mais il vient seulement l’an passé d’être publié.

Quant à l’animateur des rencontres de Tulalu!?, il anime aussi des ateliers d’écriture et il écrit, bien sûr.

Miguel Moura a fondé Tulalu!?, dont il a animé jadis les rencontres, mais il est aussi vidéaste et sait présenter les invités avec finesse et sensibilité, en guise d’amuse-bouche aux rencontres.

Miguel Moura

Miguel Moura

Hier soir, en présentant Marc Agron (prononcez Agrone), il a précisé qu’il travaille avec sa femme Michelle, et il a dit combien deux activités humaines sont indispensables aux hommes, en créant du lien social entre eux, sans avoir pour but d’être rentables: la culture et le sport…

Marc Agron, en tant que libraire et galeriste, est un de ces acteurs de la culture qui crée des liens, mais il l’est désormais aussi en tant qu’écrivain: la première édition de son roman, Mémoire des cellules, est épuisée et une deuxième a déjà paru.

Il avait fait une blague dans la première édition. Elle était du même niveau que lorsque, parlant des quatre évangélistes, on cite rapidement, sans y toucher, Mathieu, Marc, Luc et… Bernard. En l’occurrence il ne fallait pas confondre La Belle au Bois dormant et Blanche Neige

Marc Agron aime donc l’humour et s’amuse intérieurement quand l’un de ses traits n’est pas relevé. Il aime particulièrement l’humour d’Albert Cossery, et recommande, conseil avisé de libraire, à ceux qui ne l’auraient pas encore lu, son roman intitulé Les Fainéants dans la vallée fertile

Jean-Luc Borgeat

Jean-Luc Borgeat

Marc Agron, de par son métier, lit beaucoup et rédige des notes techniques sur les livres qu’il vend, des notes qui peuvent comporter de dix lignes à plusieurs pages, des notes de bibliophile éclairé… Il a ainsi remarqué combien le Zadig de Voltaire avait emprunté au Gil Blas de Lesage

Pierre Fankhauser remarque que Maximilien, le héros de Mémoire des cellules, est érudit et qu’il a toujours une référence à placer. L’auteur ne pense pas qu’il s’agisse pour lui de faire étalage d’érudition: il vit en dehors du monde et ses références sont seulement pour lui une manière d’être.

Pierre Fankhauser souligne que ce roman a été considéré comme une charge contre l’art contemporain. Mais Marc Agron ne le pense pas. Son livre est plutôt une suite d’étonnements devant le spectacle que donnent ceux qui en sont les organisateurs en feignant d’en être les créateurs…

Il faut dire que l’art contemporain rapporte à un tas de gens. N’est-ce pas lors d’une vente consacrée à l’art contemporain, qu’une peinture sur bois de Léonard de Vinci, Salvator Mundi, glissée parmi d’autres oeuvres, a atteint récemment le record mondial de ventes aux enchères?

Dans son livre, Marc Agron fait donc preuve d’un humour décapant au détriment de ce petit monde qui gravite autour de l’art contemporain et les extraits que lit le comédien Jean-Luc Borgeat, qui sait si bien passer d’un personnage l’autre, font inévitablement mouche dans l’assistance…

Marc Agron et Pierre Fankhauser

Marc Agron et Pierre Fankhauser

Les participants à la rencontre en sont tout réjouis. Par exemple, quand Marc Agron raconte des histoires sur des catholiques que seul un catholique peut se permettre de raconter, comme les histoires juives les plus cruelles ne sont supportables que dites par un juif.

Son premier roman publié n’est cependant pas uniquement un livre sur l’art contemporain. Il lui fallait un terrain et c’est ce terrain connu de lui qui sert d’écrin à son intrigue. Qui n’est rien d’autre qu’une histoire d’amour – y en a-t-il d’autres? – dont le protagoniste est incapable de saisir les occasions, par timidité, et par lenteur à la détente.

Pour Marc Agron, comme un corps humain a plusieurs fonctions, un livre peut en avoir également: il peut être tout à la fois essai, peinture de moeurs, relation amoureuse etc. Il peut être drôle un instant, et, l’instant d’après, mélancolique, comme lui peut l’être: il ne s’en cache pas.

S’il fallait qu’il dise quelles sont les influences littéraires qui l’ont façonné, il dirait qu’elles sont slaves ou d’Europe centrale; il citerait Dostoïevski, Kundera ou Cioran, mais il ne cherche pas à écrire comme eux, il s’efforce d’être lui-même, c’est-à-dire singulier: quelqu’un qui pense dans plusieurs langues et n’écrit que dans une seule, le français.

Francis Richard

Jean-Luc Borgeat, Gwenaël Grosfeld, Marc Agron et Pierre Fankhauser

Jean-Luc Borgeat, Gwenaël Grosfeld, Marc Agron et Pierre Fankhauser