Nétonon Noël Ndjékéry, invité de Tulalu!?, au Sidewalk Café, à Lausanne

Merci à Francis Richard pour son compte-rendu de cette merveilleuse rencontre! Vous pouvez retrouver l’original ici.

Hier soir, Tulalu!? recevait Nétonon Noël Ndjékéry au Sidewalk Café, à Lausanne, plus précisément dans la cave voûtée de l’établissement, le Vinyl Club, une volée de marches plus bas que la place du Tunnel. 

Dans ce lieu propice aux confidences, Pierre Fankhauser a mis sur le gril l’auteur du recueil de nouvelles La Minute mongole (La Cheminante, 2014) et du roman Au petit bonheur la brousse (Hélice Hélas, 2019).

L’animateur de l’association littéraire s’étonne que l’auteur parvienne toujours à ajouter une touche d’humour à ses récits qui sont pourtant souvent d’une grande dureté et pourraient autrement affliger le lecteur complètement.

Au Tchad, dont celui-ci est originaire, comme d’ailleurs dans toute l’Afrique subsaharienne, les populations mêlent ainsi leurs rires à leurs pleurs. C’est une manière pour eux de supporter les avanies qui ne les épargnent pas.

Les maîtres de la parole de là-bas, auxquels Nétonon Noël Ndjékéry se sait redevable, ponctuent ainsi leurs histoires. Ce qui lui est propre, c’est peut-être la douceur qui ressort de ses écrits comme en contrepoint de leur dureté.

La condition humaine ne lui est pas étrangère. Il ne s’agit donc pas pour lui d’accabler le lecteur. Il ne se sent pas investi d’une mission, quelle qu’elle soit; il a juste la prétention de raconter des histoires qui puissent intéresser.

Ces histoires, largement imaginées, reposent cependant sur du vécu. Ainsi, au Tchad, où les guerres civiles se succèdent, les rebelles un jour se rallient bien un autre au pouvoir en place, leur ralliement étant grassement monnayé…

Les fonctions publiques ne sont pas occupées par des gens compétents mais par des détenteurs de dettes. Un mot est utilisé là-bas pour les qualifier: assimilé. Nombre de personnes sont assimilées: techniciens, militaires, etc.

Le personnage principal du roman a été élevé en Suisse. Il a pour références tutélaires Guillaume Tell et la Mère Royaume. Ce n’est que lorsqu’il recherche ses parents disparus, qu’il s’autorise à ne plus suivre leur exemple insigne.

Pierre Fankhauser souligne que l’histoire du roman est très structurée, comme peut l’être un thriller. Nétonon Noël Ndjékéry ne fait pourtant pas de plan. Il se raconte l’histoire dans sa tête et c’est ainsi que, peu à peu, elle prend forme.

Comme elle est structurée, il est surprenant qu’y apparaisse une désinvolture, ce qui n’est pas recommandé dans les ateliers d’écriture… Certes, mais l’invité n’y a pas appris à écrire et la vie n’est-elle pas parsemée de désinvoltures?

Nétonon Noël Ndjékéry a lu les classiques français, mais il s’est aussi nourri des maîtres de la parole africains, de leur langue imagée, qui se retrouve dans sa manière d’écrire. Il n’est pas fortuit que l’amour de la langue sauve son héros…

Hier soir, c’est l’amour de la langue de Nétonon Noël Ndjékéry qu’Audrey Cavelius a transmis, avec une émotion visiblement contenue et contagieuse, en lisant des extraits tirés de ses deux livres, extraits qui n’étaient pas tous réjouissants…

Les intermèdes musicaux, de Gofefo Konaté, au balafon, et de Sankoum Cissokho, à la kora, ne pouvaient que transmettre d’autres émotions et achever de conquérir un public transporté une soirée durant en Afrique subsaharienne.

Francis Richard