Rencontre avec Julie Guinand

Lundi 11 octobre, à 19 h au Gymnase du Bugnon, 2ème étage, rue du Bugnon 5, à Lausanne a eu lieu la rencontre autour de Survivante (d’autre part, 2019) de Julie Guinand.

L’auteure était accompagnée de deux autres membres du collectif AJAR. Aude Seigne a assuré la modération et Nicolas Lambert l’accompagnement musical.

Voici une présentation de l’ouvrage, par Anne-Claire Loup Falourd, enseignante au Gymnase du Bugnon:

« Si chaque fin du monde est différente, à quoi ressemble la tienne? », interroge Julie Guinand dans son roman Survivante, paru en décembre 2019. Apocalypse hollywoodienne? Lente déconfiture de l’espèce humaine? Résistance survivaliste?

Chez elle, la fin du monde survient sans crier gare un matin de printemps: la lumière s’éteint d’un coup, les oiseaux cessent de chanter. Le bruissement d’un univers familier est réduit au silence et le froid s’installe dans la maison des bords du Doubs. L’absence aussi, celle qui creuse le manque et attise les souvenirs. Isolée dans un hameau désert, une jeune trentenaire réorganise son quotidien en dressant l’inventaire de ses réserves et celui de ses a priori sur la fin du monde.

Survivante tient à la fois d’un journal de fin du monde et d’un récit de rupture: dans tous les cas, il faut apprendre à vivre autrement – « Il y a un avant et un après. Voilà ce que je suis en train de comprendre ». Bien avant la mode du journal de confinement, l’écrivaine neuchâteloise donne à lire la perte des repères, le temps qui se dilate.

Bien sûr, tout cela pourrait devenir franchement déprimant. Mais dans cette histoire, rien de désespérant: l’acharnement cocasse à survivre, les coups de colères ou les fugaces émerveillements de la jeune protagoniste dissipent les relents d’apocalypse.

Surtout, la fin du monde éveille chez elle une impérieuse « pulsion d’écriture » qui autorise à penser que les effondrements peuvent rendre les imaginaires féconds.

Des élèves du Gymnase du Bugnon lisent Survivante dans le cadre du cours de français. Cet automne, ils auront l’occasion d’échanger avec Julie Guinand lors d’ateliers d’écriture à Lausanne et dans les montagnes neuchâteloises.

Parallèlement à la soirée organisée au Gymnase du Bugnon le 11 octobre par Tulalu !?, deux classes ont lu Survivante. Le 15 lundi novembre, l’une d’entre elles a rencontré Julie Guinand dans une forêt toute proche de la Chaux-de-Fonds. Les élèves nous racontent cette intense journée.  

Fin du monde à La Chaux-de-Fonds

Ce lundi matin, l’avenue Léopold-Robert est balayée par le vent de novembre. Les maisons aux hautes fenêtres sont toujours debout, pas de Fiat bleue, de shérif ou de femme à vélo pour nous accueillir à la sortie de la gare. Les scénarios de fin du monde imaginés par Julie Guinand dans son roman Survivante n’appartiennent qu’à la fiction.

En compagnie de l’autrice neuchâteloise, nous traversons la ville pour nous enfoncer dans la forêt toute proche, traçant ainsi la trajectoire inverse de l’héroïne de ce « journal de fin du monde » paru en 2019 aux éditions d’autre part. En chemin, nous imaginons de nouvelles issues à ce récit: retrouvailles romanesques avec l’Absent ou faille spatio-temporelle, comment renaître quand on a traversé la fin du monde?

Les occasions sont rares de rencontrer des auteurs. Des auteurs bien vivants. Ce moment avec Julie Guinand au cœur de la forêt nous permet de prendre conscience des réalités du métier d’écrivain, qui plus est en Suisse romande, et de réfléchir aux étapes de la création d’un roman.

Le froid s’insinue dans notre campement: nous allumons un feu et, comme la protagoniste de Survivante, nous imaginons des lettres à nos ogresses que nous brûlons illico. Nous enchaînons avec des cadavres exquis en guise de journal intime et dressons la liste de nos envies, souvent loufoques, à satisfaire avant une hypothétique fin du monde. Grâce à ces exercices, nous réalisons au passage que l’écriture peut aussi être un processus collectif et collaboratif, comme il l’est pour les membres de l’AJAR dont Julie Guinand est l’une des membres.

Encore deux ou trois bûches dans les braises, quelques marshmallows grillés et nous retrouvons l’orée du bois. Cette échappée belle loin de notre gymnase lausannois nous aura ouvert une nouvelle fenêtre sur la lecture de Survivante et offert une chance: celle de voir nos visages en entier pour la première fois depuis deux ans…

En classe, nos carnets d’écriture garderont longtemps l’odeur tenace du feu de bois.

Les élèves de la classe 2M8 du Gymnase du Bugnon