Shemsi Makolli, invité de Tulalu!?, à La Datcha, à Lausanne

Un immense merci à Francis Richard pour son compte rendu de notre rencontre avec Schemsi Makolli: vous pouvez retrouver l’article original ici.

Hier, la rencontre organisée à La Datcha par Tulalu!? avec Shemsi Makolli s’inscrivait dans le Printemps de la Poésie.

Dans son introduction, Miguel Moura, fondateur de l’association littéraire, souligne la richesse du mélange des cultures.

Shemsi Makolli, d’origine albanaise, se prête alors à un échange avec Sima DakkusRassoul, membre du comité, d’origine afghane.

Miguel Moura

Miguel Moura

Cet échange consiste à demander au poète ce que lui inspire un mot choisi par l’animatrice.

Après quoi, Shemsi Makolli fait une lecture d’un poème en français, tandis que Sabiha Berisha Makollile lit en albanais, en arrière-fond sonore.

(ses poèmes en albanais ne sont pas une traduction de ses poèmes en français; ils sont une création parallèle, parce qu’il est impossible de traduire des poèmes…)

Les poèmes qu’il lit sont tirés de son recueil L’anatomie du rêve paru à l’automne 2017.

Sima Dakkus Rassoul, Shemsi Makolli et Sabiha Berisha Makolli

Sima Dakkus Rassoul, Shemsi Makolli et Sabiha Berisha Makolli

Voyage: ce n’est pas seulement un déplacement d’un point à un autre, mais l’occasion de rencontres qui ne sont pas dues au hasard. Ou alors il fait bien les choses…

Dans la forêt de mes pensées

Je rassemble mes os exténués

Pour un nouveau voyage

Mais cette fois je repartirai sans mon ombre

Sinon c’est elle

Qui partira sans moi

(quand Shemsi Makolli a quitté Pristina pour se rendre à Zurich il y a quelque trente ans, il était prêt à tout perdre, sauf ses cahiers de poésie, son bien le plus précieux)

Poésie: ce n’est pas un genre littéraire mystérieux réservé à une élite, mais un moyen de communiquer avec les autres grâce à l’harmonie et la musicalité des mots, un genre destiné au fond aux enfants honnêtes.

Tu t’arrêtes tu cherches

Tu voudrais découvrir

D’où tu viens où tu vas

Sans t’émerveiller ni te désespérer

Car c’est ainsi que tu seras poète

Et mon poète

Réalité: elle n’est parfois pas supportable, alors il faut s’efforcer de la changer pour qu’elle le devienne.

Tout ce que je peux partager avec vous

C’est une bouchée de pain

Que je laisse au coin de ma table 

Pour l’enfant affamé

Rêve: personne n’est jamais capable d’expliquer un rêve, mais il est nécessaire pour vivre.

Toi qui m’est venu comme une brise

Comme une mélodie dans mon sommeil

Je te connaissais depuis des siècles

Sans savoir où te trouver

Ailleurs que dans mes rêves

Amour: c’est ce qu’il y a de plus important dans la vie; la haine conduit à l’autodestruction.

(le poète préfère dire enamourer plutôt que tomber amoureux…).

La mélodie de notre amour

Que cette terre la nourrisse 

La renouvelle et l’apprenne par coeur

La rende légère et fluide

Tel le sang dans nos veines

Quand nous demeurons face à face sans parler.

Une des personnes de l’auditoire demande si Sabiha Berisha Makolli veut bien lire un poème en albanais. Elle lit Voyage dans cette langue musicale qui viendrait de l’étrusque. Et sa voix mélodieuse lui donne la profondeur d’un chant antique intemporel…

A l’automne prochain, paraîtra un nouveau recueil, intitulé L’élégie d’automne. On se réjouit de le lire après avoir entendu un poème, lu par le poète, qui en est extrait…

Francis Richard