Un jeu à la fois gai et sérieux

Lundi 12 juin. Le rendez-vous avec Tulalu !? est la dernière étape de ma feuille de route post-publication. De la gare de Lausanne, j’y vais à pied. Canicule. Ça grimpe beaucoup, Lausanne, comparativement à mon petit canton plat. Pauses pour demander mon chemin, gens aimables. La porte au 33 bis avenue de Morges est fermée, au café d’à côté, le Lausanne-Moudon, on ne sait rien à propos de rencontres littéraires. En contrebas, rue des Deux-Marchés, joli square, fontaine, charmant bistro. L’obligeant tenancier téléphone pour moi à Tulalu !? Pas de réponse. Est-ce que je me suis trompée de jour ?

Non. Ça se passe bel et bien au Lausanne-Moudon (par parenthèse, ma grand-mère maternelle était de Moudon. Elle a peut-être pris l’ancien tramway qui s’arrêtait place du Tunnel). Apparition de Pierre Fankhauser, de la présidente de Tulalu!? Carole Dubuis et de la comédienne, Carine Barbey. (Autre parenthèse, il n’y a plus, à Genève, de café-brasserie qui rivalise avec le Lausanne-Moudon, sombre, imposant, style Paris années 20.) Pierre Fankhauser est lui aussi imposant, mais certainement pas sombre. Il donne la note : le ton sera à l’humour. Ça me convient. Ma derrière virée littéraire ne sera pas morose.

Deux mots sur les tabourets. L’Association Tulalu !? met son invitée sur la sellette au sens littéral. C’est-à-dire qu’intervieweur et auteur sont perchés sur de hauts tabourets genre saloon-bar ou cirque. À la réflexion, c’est une bonne idée, ces tabourets en surplomb du public. La gymnastique nécessaire pour rester perché crée tout naturellement une certaine gymnastique mentale. On essaie de garder le niveau sur le plan de la parole.

Sur la mini-table ronde devant lui, Pierre Fankhauser a déployé une quantité de petits papiers manuscrits. Rassurants, ces petits carrés d’écriture. S’il avait lu La distance de fuite ? Et comment, à fond, dans les coins et recoins. Je ne savais rien de mon intervieweur avant cette rencontre. Sous ses airs de pince-sans-rire, je découvre un lecteur extrêmement précis, aux questions très pertinentes, des questions justes, qui interrogent le texte de façon pointue, sans être intrusives de ma personne. Certes, je me suis creusé la tête en écrivant, mais maintenant c’est un jeu, à la fois gai et sérieux. Le public ? Par cette canicule, c’était remarquable que quelques personnes soient venues, et pas des moindres. L’entretien se conclut sur les lumineux propos de José-Flore Tappy.

Après, on cause un moment sur la terrasse du Lausanne-Moudon. Nuit, un petit vent bienvenu, conversation entre autres sur les ôteurs de feu. Puis Pierre F. nous descend à la gare, Carole Dubuis et moi, dans sa somptueuse limousine. En tout cas l’histoire de ce véhicule, que son timonier raconte en cours de route, est étonnante.

Dans mon train de retour, j’étais vraiment contente. Un cadeau rare, cette soirée. L’échange a été vraiment échange. Un grand merci à Tulalu !?