Thomas Flahaut, invité de Tulalu!?, au cinéma Bellevaux, à Lausanne

Merci à Francis Richard pour son compte-rendu de notre soirée avec Thomas Flahaut! Vous pouvez retrouver l’article original ici!

Hier soir Tulalu!?recevait Thomas Flahaut, au Bellevaux, à Lausanne. Le jeune écrivain, 27 ans, était mis sur le gril par Pierre Fankhauserau sujet de son premier roman, Ostwald.

Miguel Moura

Miguel Moura

Dans sa mise en bouche, Miguel Moura a souligné que d’être issu d’un milieu ouvrier n’a pas empêché Thomas Flahaut de s’intéresser à l’art.

Après avoir étudié le théâtre à Strasbourg, Thomas Flahaut a suivi le cursus de l’Institut littéraire de Suisse, à Bienne, cette pépinière de jeunes écrivains.

Thomas Flahaut

Thomas Flahaut

Thomas Flahaut ne cache donc pas ses origines ouvrières. Il sait très bien que les classes sociales existent et qu’il appartient par la naissance à celle des ouvriers, qui doivent se soumettre et n’en sortent pas indemnes.

Il ne peut que voir la différence, au même âge, entre son grand-père et son éditeur, Olivier Cohen. Le premier est bousillé physiquement, le second paraît en pleine forme, dans sa chemise Lacoste.

(Thomas Flahaut a voulu être édité à L’Olivier, et pas ailleurs, parce qu’il voulait que son livre côtoie dans le catalogue de la maison, La Route, le livre mythique de Cormac McCarthy…)

Bien des commentateurs d’Ostwald ont mis l’accent sur l’accident nucléaire de la centrale de Fessenheim qui se produit au début du récit. Mais le mythe nucléaire n’est pas celui qui tient le plus à coeur de l’auteur.

Ce mythe est certes vendeur et parle à l’imaginaire, avec des mots comme HiroshimaTchernobylou, plus récemment, Fukushima. Mais il est d’autres mythes dont l’auteur s’est nourri pour écrire ce roman.

Le mythe biblique est présent avec l’Apocalypse, le livre. Pierre Fankauser relève que les noms du trio de personnages, Marie, Félix et Noël, ne peuvent leur avoir été donnés fortuitement.

Thomas Flahaut ne pense pas que son roman soit un roman de science-fiction. Pour lui il serait plutôt un roman social, où l’atmosphère lourde qui y règne est l’expression de son angoissepersonnelle. 

L’événement déclencheur de l’histoire est la fermeture d’une usine où travaillent les parents du narrateur et qui sonne comme un avertissement au lecteur parce qu’il est placé dans le prologue.

Thomas Flahaut donne raison à Fredric JamesonIl est plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. (Cité par Jean-Claude Michéa, dans Notre ennemi, le capital)

Antoine Flahaut

Antoine Flahaut

Après la fermeture d’Alstom, la cellule familiale explose. L’accident nucléaire n’est donc que l’ultime apocalypse de l’histoire, c’est-à-dire, étymologiquement, son ultime dévoilement.

Parce que Thomas Flahaut voit de la noirceur tout autour de lui, il a besoin de plonger dans ses propres profondeurs. Il aimerait bien pourtant écrire une jolie histoire d’amour, bien mièvre, comme il sait qu’il peut l’être…

Ce roman à l’eau de rose ne verra pas le jour tant que des usines fermeront, tant que des hommes et des femmes seront jetés à la rue et devront encore suivre une formation, comme ses parents, à 55 ans…

Comme tout être humain, Thomas Flahaut est pétri de contradictions. Pour avoir travaillé en usine, notamment chez Sonceboz, il se demande si ce ne serait pas un bien que les usines ferment…

Est-ce parce que son livre l’alourdit qu’il a voulu l’alléger? Toujours est-il qu’il l’a d’abord écrit au passé composé puis l’a réécrit au présent. Le texte s’est ainsi allégé de quelque 20’000 caractères…

Il a également omis tous les panneaux de signalisationtels que les tirets annonçant les prises de parole de ses personnages. Ce qui donne un souffle à son texte et incite le lecteur à en avoir à son tour…

Ce souffle il l’incarne quand il lit lui-même son texte accompagné à la guitare électrique par son frère Antoine. Ils se livrent les deux à une véritable performance, toute chargée de sens et pas seulement du mythe ouvrier…

Quand Thomas Flahaut a écrit un texte, il éprouve la nécessité de le lire à voix haute pour en tester les sonorités, la fluidité. Quand il le lit en public, il ne s’interdit pas de le modifier et d’improviser. Son texte est une matière vivante…

Francis Richard

Antoine et Thomas Flahaut

Antoine et Thomas Flahaut