Trouver ou fabriquer d’autres voies

Thomas Flahaut, est né dans un milieu ouvrier, en France, ses parents ont tenté et réussi à donner le goût de la lecture et de ce qu’on appelle art à leurs enfants. Mais ses premiers chocs esthétiques sont visuels avec le cinéma, la photo ou encore la peinture. Et également sonores avec la musique.

La littérature s’imposa plus tard, beaucoup plus tard, bien après l’initiation scolaire qui le rebuta. C’est sur les planches d’une scène de théâtre que la rencontre se fera en interprétant des textes, en découvrant leur rythme, leur souffle et un plaisir à les lire à haute voix. Et ses colères et révoltes d’adolescent trouvèrent un écho dans les œuvres de poètes d’abord, d’essayistes, et plus tardivement chez les romanciers.

Soucieux d’échapper à la condition d’ouvriers de ses aïeules, il fait son entrée à l’Institut littéraire de Bienne après son expérience d’acteur, il peaufine le travail des mots, le travail sur le texte et ses différents supports qui vont du livre aux performances.

L’écriture est devenue son sport, qu’il pratique au quotidien, jusqu’à devenir aussi naturel que de se faire à manger. Plus besoin de travailler dans un supermarché, il a décroché des bourses, reçu différentes commandes… dans un monde où on doit être assigné à un métier ou à une activité, il en a trouvé un pas trop moche –il est écrivain.

Avec Ostwald Tson premier livre, il dépeint des paysages qui sont peu racontés, il met en écho une catastrophe ordinaire avec une catastrophe extraordinaire. Il lie ses préoccupations esthétiques et politiques. Et saisit l’angoisse… pas la séculaire rattachée à notre condition d’humains, mais bien celle qui est inédite et inhérente à notre époque. À cette situation paradoxale, de savoir qu’on va vers un désastre, sans savoir comment l’enrayer ou juste être capables de réinventer des possibles au sein de ce monde qui court à la catastrophe.

Inspiré par les femmes qui ont écrit et qui se sont arrachées à leur condition en écrivant des textes puissants et révolutionnaires dans tous les sens du terme. Son ambition est d’éviter tant que cela se peut l’annihilation, de trouver ou de fabriquer d’autres voies, et d’écrire encore longtemps.

Miguel Moura