Valérie Gilliard, invitée de Tulalu!?, au Broadway av., à Lausanne

Hier soir, Tulalu!? recevait Valérie Gilliard au Broadway av., place du Tunnel, à Lausanne.

L’auteure de Nos vies limpides y a fait son show, en lisant plusieurs extraits de ses nouvelles, accompagnée au piano par Davide Di Spirito, qui a composé de la musique spécialement pour chacun d’entre eux.

Davide Di Spirito et Valérie Gilliard © Francis Richard

Puis, comme c’est le jeu des rencontres de l’association littéraire, Valérie Gilliard a répondu aux questions de Pierre Fankhauser, lequel a trouvé que la teinte dominante de ses textes était le gris.

Originaire du Nord, l’invitée aime le gris, mais elle ajoute aussitôt que, dans ses nouvelles, il y a tout de même des échappées et qu’elles ne sont donc pas toutes grises. Certaines même finissent bien.

Ses femmes – elle raconte la vie limpide de dix d’entre elles – n’ont-elles pas des problèmes de couple? Oui, mais certains couples ne trouvent-ils pas des échappées? ou, sinon, de nouveaux accords, pour une autre musique?

Pierre Fankhauser note les alternances de nouvelles et de poèmes.

Valérie Gilliard a voulu s’essayer à ce genre difficile qu’est la nouvelle: il faut arriver en peu de pages à un texte fini, qui se suffit à lui-même (elle fait le geste d’un arrondi).

Pour écrire une nouvelle, il lui est donc nécessaire de raboter et de faire des copeaux. Elle a utilisé les copeaux obtenus pour écrire les textes qui s’intercalent entre chacune.

Les nouvelles permettent d’aiguiser l’écriture, qui est, pour elle, une voie pour aller de l’avant, vers les autres. Les autres, qu’elle aime regarder, si bien que son regard sur eux, avec le temps, s’est acéré.

En 2018, elle a reçu, pour un autre projet (un gros roman), la Bourse à l’écriture du Canton de Vaud. Ce qui lui a permis, enseignante au Gymnase d’Yverdon, de prendre un congé de quatre mois.

Elle s’est rendu compte alors qu’il lui était difficile d’écrire quand elle n’était pas occupée… Elle en parlé avec Antoine Jaccoud, qui a vécu la même expérience et est arrivé à la même conclusion.

Valérie Gilliard parle-t-elle de ses livres avec ses élèves? Non, elle ne le souhaite pas. Elle tient à garder de la distance, à séparer les deux personnes en elle que sont l’enseignante et l’auteure.

Cela ne signifie pas qu’elle ne parle pas dans ses cours d’auteurs romands contemporains, bien qu’elle soit tenue de faire une large place aux classiques (dont Charles-Ferdinand Ramuz ou Corinna Bille).

Une année, elle a participé avec ses élèves au Roman des romands. Cela s’est très bien passé, alors qu’il y avait pourtant une belle pile de livres à lire et que cela pouvait les rebuter.

Il y a un point commun entre l’enseignante et l’auteure, c’est quand l’enseignante demande à ses élèves d’écrire, d’être auteurs… Elle remarque en passant que ceux-ci la vitalisent, parce que, années après années, ils ont le même âge…

A quoi, pour elle, se résume la vie? lui demande Pierre Fankauser. Elle se résume pour elle, à quelques lignes, au regard de l’espace et du temps, tout en étant un véritable microcosme.

Francis Richard